Isabelle Barruol se consacre aux arts plastiques à partir de 1998. Elle vit et travaille à Toulouse.

Son travail se nourrit de différents savoirs et savoir-faire en perpétuelle évolution. Il explore la mise en espace dans diverses installations, les touchers dans la série Empreintes, et une fabrication patiente de dentellière dans la série Entrelacs. Les médias traditionnels tels que la peinture et la photo restent des supports essentiels d’une pratique très libre et expérimentale, entre atelier et nature.

Dans ce travail de mémoire abstraite et souvenirs de sensations, l’écriture est comme le fil d’Ariane support invisible de toutes ses créations.


 

« Isabelle Barruol tient la chronique des signes qui, sur l’opacité du monde, font des lueurs patientes. » Pierre Lieutaghi, écrivain.


  • 1987 : Diplôme d’architecte (DPLG) à l’Unité Pédagogique d’Architecture de Montpellier. Travail personnel de fin d’étude sur le thème « Objet d’espaces », une approche des différentes échelles d’intervention de l’architecte. Présentation de prototypes de meubles.
  • 1985-91 : Création de mobilier, mise en espace, et architecture intérieure au sein du groupe KAOS.
  • 1987-94 : Agence d’architecture François Fontès (Chef de projets à Montpellier, puis chef d’agence à Toulouse).
  • 1994-98 : Collaboratrice dans diverses agences d’architecture toulousaines.
  •  2003-05 : Conseillère artistique pour l’association Design Pyrénées
  • Depuis 1998 : Artiste plasticienne indépendante à Toulouse.
  • Depuis 2016 : Initiation à la gravure en taille douce, atelier Croix Baragnon avec Claudette FERRIÉ.

JE ME SOUVIENS

Ces souvenirs d’enfance anodins et fondateurs témoignent d’un regard capable d’abstraction accrochant la lumière et les rythmes, l’écriture fine de variations, la couleur cinétique. Un regard nourri du désir de la chose et de sa trace, qui tient l’objet fortement pour en garder l’impression comme persistance rétinienne, un désir de présent prêt à se démultiplier pour abolir les temps. J’y vois ce que je suis, ce que je fais.

Isabelle Barruol, 2015.


 

Je me souviens de la contemplation des grains de poussière dans un rai de lumière, de cet improbable grouillement de particules animées se déplaçant selon une logique d’elles seules connue, dans la pénombre immobile et moite d’un après-midi d’été.

Je me souviens de la volupté d’être dans une benne remplie de grains de blé, des membres qui s’enfoncent dans l’odeur de soleil et de terre, et des jets de grains dont nous aspergions le ciel.

Je me souviens du nuage de petits papillons bleus autour de la sortie des eaux usées dans l’arrière-cour de la ferme où nous passions l’été, de l’odeur mêlée de bergerie et de lessive.

Je me souviens avoir souvent observé sur mon corps la répartition des grains de beauté, et d’y avoir vu des formes géométriques ou abstraites, parfois même des constellations.

Je me souviens du vent dans les blés, du spectacle fascinant de ces vagues fauves qui déferlent irrégulièrement dans des effets moirés de chevelure terrestre, de cet envoûtement propre à la contemplation de n’importe quelle mer.

Je me souviens des petits dessins au doigt sur des carreaux embués et du trop plein d’ennui de ces moments-là.

Je me souviens des papiers buvard rose ou gris, maculés de tâches et de graphisme flous, inversés, superposés, à l’encre bleue d’écolier.

Je me souviens, pour passer le temps en voiture, du truc de fermer les yeux sur une route bordée de platanes pour saisir la psychédélique alternance rouge/noir au travers des paupières.

Je me souviens, par une nuit d’été, du spectacle incandescent d’une haie criblée de petits points de lumière, en réalité des centaines de lucioles.

Extraits d’un Je me souviens, écrit à la manière de Georges Pérec. Isabelle Barruol, 2002